Plenary Address of Marie-Noëlle Lienemann
Secrétaire d’Etat au Logement
At The Earth Dialogues Forum
Opening Plenary Session
February 21, 2002
Lyon, France
 
 
 
Mesdames, Messieurs,
 
Je sens que vous êtes forcément déçus, vous attendiez notre Premier ministre Lionel Jospin, mais soyez rassurés, il sera là demain matin et pourra vous exposer à quel point le gouvernement français et nous-mêmes sommes engagés pour que cette mondialisation et le développement durable soient capables enfin de se rejoindre et d'offrir à notre planète, aux hommes et aux femmes qui y vivent, un avenir et un présent bien meilleurs.
 
Permettez-moi tout d'abord de féliciter les organisateurs de cette initiative et de ces Dialogues pour la Terre, bien sûr Mikhaïl Gorbatchev et Maurice Strong qui en sont les principaux artisans, mais aussi la municipalité de Lyon et son maire Gérard Colomb.
 
Mais mes remerciements et mes félicitations vont au-delà de ces personnalités, à toutes celles et tous ceux qui participent à vos travaux pour que naissent des propositions, une mobilisation qui nous permettent de faire progresser ce Développement Durable. D'abord aux élus locaux de Lyon, à Monsieur le Premier Ministre, à Madame la Présidente du Conseil Régional, mais aussi à tous les participants, les chefs d'entreprise, personnalités, représentants des ONG et citoyens mobilisés.
 
Votre initiative est d'un grand intérêt parce qu'elle constitue le levier, le pivot à la fois d'une conscience universelle dont nous avons besoin, et d'une citoyenneté mondiale qui nous manque cruellement.
 
Conscience universelle d'abord, parce que nous le voyons bien, au moment où les technologies de l'information, où la globalisation économique est patente et concerne notre vie quotidienne, les tendances à faire que les idées les plus nationalistes égoïstes, le repli sur soi, le réflexe identitaire non dans ce qu'il porte de diversités, mais dans ce qu'il porte de ses préservations de sa propre réalité avec beaucoup d'intolérance, on le voit, ces réflexes là, avec l'obscurantisme, l'incompréhension de l'autre, l'idée que le voisin est une menace, tous ces réflexes partout sur la planète prennent souvent le pas sur une conscience universelle de partager un destin, une destinée qui est commune et qui mérite que nous construisions des progrès communs.
 
Alors oui, l'éthique est bien l'un des maillons manquants de la mondialisation. Depuis le sommet de Rio, cette conscience universelle a progressé. Indéniablement, l'idée que le sort du Tiers-Monde et des pays développés est forcément lié. Cette idée a progressé, mais la réalité est toute autre : les inégalités se sont accrues, les menaces écologiques persistent, le changement climatique s'accélère, bref, le bilan est plutôt négatif. Et c'est bien parce que, à la fois, les idées progressent et que le réel n'est pas au rendez-vous que, peut-être, il y a une chance qu'à Johannesburg ce soit la mobilisation des peuples qui prennent le dessus sur la logique de notre développement actuel.
 
C'est cet espoir là que nous avons et que nous devons entretenir. Mais cet espoir ne sera rien sans une citoyenneté mondiale, et vous en êtes les acteurs, d'abord parce que nous voyons l'urgence d'une régulation de l'économie à l'échelle de la planète, la globalisation économique doit avoir en contrepartie des règles environnementales, des règles sociales, une vision de l'équilibre entre le Nord et le Sud. Il y a donc d'abord à réguler notre économie, il faudra en parler à Johannesburg. Il y a aussi cet immense enjeu de la démocratie mondiale, d'outils multilatéraux qui portent véritablement des politiques équilibrées de développement, en particulier du tiers-monde. Et dans cette démocratie mondiale, il est fondamental que les pays les plus faibles puissent se faire entendre mieux qu'ils ne le font aujourd'hui. Les ONG en sont des acteurs incontournables et je l'espère incontournés. Nous l'avons vu à travers la préparation de bien des sommets, l'émergence des ONG a été souvent le levier des propositions, le terrain des revendications et l'un des acteurs déterminants de ces changements de culture qui sont devenus indispensables. C'est vrai pour les ONG, c'est vrai pour les entreprises, c'est vrai pour les salariés car quand on parle de citoyenneté, on parle bien de l'implication de chacun et de toutes ces structures pour partager en commun ce qui nous est commun.
 
C'est pourquoi la France préparera Johannesburg en ayant le souci d'associer très précisément l'ensemble des organisations non gouvermentales à ces travaux au contenu de ces propositions et je sais que Michel Mousel, qui est parmi nous ici, y jouera un rôle majeur. Le Développement Durable est bien la grande question du 21e siècle : urgence écologique pour l'air, l'eau, pour la biodiversité. Le protocole de Kyoto, la grande espérance de Rio, de voir enfin la question de l'effet de serre et du changement climatique pris en compte, on peut se dire : espoir déçu.
 
Bien sûr, on voit bien les difficultés de faire reconnaître, en particulier par les américains, mais pas par eux seuls, la logique qui a prévalu au sein du protocole de Kyoto. Mais côté optimiste, l'Europe, l'Europe unie, mobilisée pour que ce protocole rentre dans les faits, qu'il guide les politiques européennes, l'Europe décidée à convaincre ses partenaires qu'il y a moyen de relever ce grand défi de la lutte contre l'effet de serre et qu'il est légitime de demander à ceux qui polluent le plus, à ceux qui font le plus de richesses, de faire le plus d'effort.
 
Enorme enjeu de l'eau, celui de l'océan - et le film que nous avons vu en a témoigné
admirablement - enjeu de l'eau, à la fois, pour qu'elle soit accessible à chacun (mais j'y reviendrai) enjeu pour que la protection de nos océans, de nos nappes souterraines, de nos rivières soit garantie dans la qualité, et quand je dis nous, c'est partout sur la planète.
Immense investissement pour rattraper ces détériorations, immense inventivité pour prévenir de nouvelles pollutions. Et j'ai beaucoup apprécié les travaux qui ont posé comme présupposé que l'eau, l'air, la nature, pour une large part, constituent des bien communs de l'humanité qui ne sont pas des biens marchands, qui sont un bien, un patrimoine – ce qui dans notre tradition française s'appelle la Res Publica, la Chose Commune, celle qui n'est pas un bien marchand mais qui est sous la protection collective de l'humanité.
 
Il y a l'urgence humaine, l'urgence des droits humains et le plaidoyer pour la lutte contre la
pauvreté, la misère doit à mon avis sortir du strict débat : "rattraper, donner des moyens", non !: Il faut puisque l'on parle de Valeur et d'Ethique que l'universalité de droit de la personne humaine vienne sur le terrain de la Santé, sur le terrain du droit au logement, à vivre dignement, d'avoir accès à l'eau, d'avoir accès à l'énergie. Que ces droits deviennent les droits de l'homme contemporain, celui du 21e siècle, dépassant ce combat du 19e sur les droits des libertés et qui doivent devenir maintenant des droits sociaux. Puisque nous parlons d'Ethique et de Valeur, l'universalité des droits fondamentaux doit être une des grande mobilisation éthique du 21e siècle et nous voyons bien que c'est le pilier indispensable du Développement Durable. L'urgence du Sud, l'urgence des pays qui n'ont pas atteint leur niveau de développement, et même ceux qui l'avaient, qui sont toujours dans cette précarité, cette instabilité, avec des inégalités considérables en leur sein.
 
Il y a donc la nécessité d'une redistribution des richesses mondiales, et c'est toute la légitimité de la justice, de l'égalité qui est là aussi, une question de valeur, évidemment pas seulement une question de valeur, mais aussi une question de moyens, de choix politique et nous retrouvons la citoyenneté mondiale. Quand on sait qu'avec 105 milliards de dollars, nous sommes en situation de sortir de la pauvreté un milliard cinq cent mille humains, nous nous disons qu'il y a bien du gaspillage dans notre monde qui pourrait être évité. La possibilité que l'allocation de richesse soit mieux utilisée au service du développement du Tiers-Monde et au service de résorption de la misère est à l'évidence à portée de la main d'un monde développé, d'une planète en pleine expansion, car nous n'avons jamais été, nous, les pays riches, aussi
riches. Alors, Mesdames et Messieurs, vous êtes les acteurs de ce changement, mais vous attendez, bien sûr, des décideurs, des gouvernements, des Etats qu'ils prennent leur responsabilité. Mais rien n'est possible sans que cette conscience collective progresse et nous avons une grande espérance dans cette ville de Lyon, au cœur de la France, au cœur de l'Europe, une Europe si longtemps brisée par les guerres, par l'intolérance, une Europe capable de faire une monnaie commune, capable de produire un espace économique commun, dépassant les vieilles querelles d'hier, les guerres, les tensions, les incompréhensions, capable parce qu'Elle est solidaire d'améliorer un développement de certaines de ses régions ou de ses pays qui étaient il y a encore quelques années en grand décalage de développement avec l'aide marchande de cette Europe. Alors, ces progrès que nous avons faits en Europe, ils sont à la fois source d'espérance quand le monde s'organise, quand on met en commun la volonté
de maîtriser notre destin, on peut de grandes choses. Mais Elle est aussi une immense responsabilité parce qu'Elle est l’un des continents les plus riches du monde, parce que justement, Elle est source de cette réconciliation, Elle doit être à la hauteur de cette responsabilité et acteur, en son sein, et dans les instances internationales de cette réconciliation entre la Mondialisation et le Développement Durable.
 
J'espère que la France et l'Europe à Johannesburg sauront prendre suffisamment de courage, d'énergie, pour que tous les grands de ce monde fassent un petit pas, et que Johannesburg soit un grand saut et un grand pas pour l'humanité.