Ouverture du forum
"Dialogues pour la Terre"
Mondialisation et développement durable : l'éthique est-elle
le maillon manquant ?
Mesdames et Messieurs,
Je suis heureux d'accueillir, en ma qualité de Maire de Lyon
et de Président du Grand Lyon tous les participants au forum
"Dialogues pour la terre" et toutes celles et tous ceux qui
se mobilisent pour trouver une nouvelle voie à la mondialisation
et agir pour un développement vraiment durable.
Ce forum organisé par Monsieur Mikhaël GORBATCHEV Président
de Green Cross international, et Monsieur Maurice STRONG, Président
du Conseil de la terre et du Conseil mondial des anciens ministres des
Affaires étrangères, sous le haut patronage du Premier
Ministre, Monsieur Lionel JOSPIN a été souhaité
par mon prédécesseur, Monsieur Raymond Barre. Je tiens
à me féliciter de cette initiative, et c'est avec plaisir
et honneur que jen ai repris lidée et que nous avons
assuré sa préparation.
Je veux remercier de laide quils nous ont apportés
pour son organisation, Madame Laurence TUBIANA et Monsieur Michel MOUSEL.
J'ai eu plusieurs fois l'occasion de dire depuis mon élection
que Lyon a su cultiver une tradition d'ouverture, d'humanisme et de
pensée sociale. Culture qui préfère le dialogue
à l'invective, la conciliation aux guerres de tranchée.
A Lyon se sont développés conjointement, une pensée
socialiste utopique proudhonienne et saint-simonienne, le catholicisme
social et le personnalisme chrétien. Ces mouvements, qui ont
su créer des ponts entre tradition et modernité, foi et
raison, pensée et action, ont contribué à asseoir
une forme d'humanisme qui continue de nourrir ce qu'on pourrait appeler
l'esprit lyonnais.
Cette tradition d'ouverture et de dialogue désignait tout naturellement
Lyon pour accueillir un grand débat sur les questions éthiques
que soulève la mondialisation et pour servir de cadre à
une réflexion sur lavenir du monde, pour permettre
de devenir le lieu de controverse aux tendances qui sexpriment
sur la mondialisation.
On connaît les termes du débat !
D'un coté les tenants de la croissance, assurés d'uvrer
pour le progrès, avec la certitude que la globalisation économique
entraîne dans son sillage amélioration de la qualité
de vie, mais aussi amélioration des pratiques démocratiques.
De l'autre, ceux qui dénoncent les dérives de la croissance,
les frustrations et les menaces qu'elle engendre : écarts de
plus en plus marqués entre le Nord et le Sud, déséquilibres
écologiques, crise et exclusion au sein même des pays dits
développés avec au total une montée des risques
sur lensemble de la planète.
Entre les deux tendances, lantagonisme peut sembler radical: quand
les uns sont dans l'arène des décideurs du monde, les
autres sont aux portes pour défiler et protester. Laffrontement
a été total à Gènes. Il a pu sembler se
symboliser à nouveau récemment dans lopposition
des forums de New York et de Pôrto Alegre.
« Pôrto Alegre contre Davos ou vice versa. Duel de
forums, choc des deux mondialisations » titrait un article
du Monde !
Pourtant, à y regarder de plus près, les positions ne
sont pas aussi radicalement séparées, dabord parce
que les uns et les autres admettent bien quil existe aujourdhui
un phénomène de mondialisation, même sils
sont en désaccord sur ce que doit être le contenu de cette
mondialisation, ensuite parce que des évolutions ont eu lieu
dans chaque camp, même si elles sont encore peu perceptibles.
En invitant des artistes, des scientifiques, des responsables syndicaux,
le World Economic Forum a fait participer à ses travaux des éléments
critiques dune globalisation ultra libérale.
La deuxième édition de Pôrto Alegre, pour sa part
a marqué la volonté des militants antiglobalisation daller
au-delà de la contestation pour devenir force de proposition.
Un premier début de dialogue sest ainsi établi à
distance.
Cest pourquoi le pari daujourdhui, de réunir
autour d'une même table des protagonistes aux convictions et aux
engagements divergents, nous semble si important.
Il ne sagit pas deffacer les différences, mais dorganiser
lénoncé des thèses, détablir
les termes du débat, pour identifier clairement les positions
des uns et des autres, pour chercher à faire naître de
la divergence même quelques éléments de solutions
partagées pour lavenir.
Dirigeants politiques, dirigeants économiques, membres des grandes
organisations non gouvernementale ne peuvent que partager un constat
commun : La fragilité de la personne humaine, de lespèce,
de la planète nous amène forcement à nous poser
dune manière de plus en plus urgente la question de notre
mode de développement.
Cest là, un point de bascule essentiel de lépoque
contemporaine !
Nous sommes passés dune époque, où lhomme
avait à décrypter le monde pour sen assurer la maîtrise
à une époque où lhomme sait quil peut
ébranler irréversiblement léquilibre de la
planète, ce qui lui donne la responsabilité den
assurer la pérennité.
Doù lapparition du principe de responsabilité
qui nous impose de réévaluer nos actions par rapport à
leurs conséquences sur le lointain dans lespace et le long
terme dans le temps. Cest ce à quoi nous invite Hans JONAS,
renouant ainsi avec cette prudence, cette sagesse pratique, « cette
phronésis » définie par Aristote dans lEthique
à Nicomaque.
Car cest bien aujourdhui dune nouvelle éthique
quil sagit, une éthique qui doit amener chacun des
décideurs à évaluer ces décisions à
léchelle des répercussions quelles peuvent
entraîner pour lensemble de la planète.
Depuis la parution du rapport de Gro Harlem BRUTLAND en 1987 qui a formalisé
la notion de développement durable, nous avons progressé,
même si cela sest fait par à coups, même si
cela a donné lieu sur tel et tel sujet à des retours en
arrière.
Il faut aujourdhui aller plus loin et progresser dans la gouvernance
mondiale en ouvrant un nouveau cycle de négociations commerciales,
dans un esprit qui respecte les intérêts des pays les plus
pauvres, en orientant la banque mondiale et le FMI vers des priorités
de « durabilité de la croissance, en faisant progresser
les domaines du droit, du social et de lenvironnement dans les
grandes institutions internationales, en ouvrant ces dernières
aux pays émergents, en promouvant une fiscalité internationale
qui permette un financement suffisant des biens publics mondiaux.
Pour cela nous pensons que lunion européenne peut et doit
avoir un rôle moteur à linstar de laction quelle
a pu avoir sur les droits de lhomme, de ce quelle a fait
à Montréal pour le protocole sur la bio-sécurité,
de ce quelle a fait à Marrakech pour le protocole de Kyoto,
à Nice en renforçant les droits sociaux fondamentaux.
Mais nos états ont eux aussi leur rôle pour assurer le
développement durable en corrigeant le jeu du marché quand
il sagit de prendre en compte des priorités de longue haleine
(droit du travail, lutte contre les exclusions ou le chômage)
en organisant un développement équilibré de leur
territoire.
Les grandes métropoles, enfin ont elles aussi leur rôle
à jouer : elles polarisent les richesses, les activités,
elles constituent un lieu de civilité et d'échange, mais
elles aussi connaissent des problèmes de paupérisation,
de délitement social, de consommation d'espace, d'utilisation
des ressources rares. Par conséquent les villes et les agglomérations
deviennent des terrains d'application privilégiés du développement
durable. En tant que Maire de cette ville, Président de cette
agglomération, jai conscience que nous avons, dans nos
décisions quotidiennes, un rôle à jouer pour le
développement durable de notre planète.
Cest pourquoi si Lyon entend saffirmer comme un cur
de réseau dans le secteur des nouvelles technologies, elle entend
aussi prendre toute sa place dans le réseau des villes européennes
pour la durabilité, en développant, sur les prochaines
années, un plan daction concret pour la mise en place de
lAgenda 21. Cest pourquoi elle développe également
une coopération active en matière de solidarité
internationale.
Mesdames et Messieurs, jespère que le forum qui souvre
aujourdhui à Lyon permettra de faire émerger, de
la part des entrepreneurs, des dirigeants politiques des membres des
ONG et des leaders spirituels, des propositions concrètes qui
pourront constituer un heureux prélude à Johannesburg
2002.