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Rapport de la table ronde n°4 : Parlementaires
et représentants de gouvernements
Par Georges
Cavallier
Dialogues
pour la terre
Lyon, 21-23 février 2002
Animée par Anders Wijkman, la table ronde des parlementaires et
représentants de gouvernement ou autres élus sest
dabord interrogée sur les valeurs qui doivent fonder laction
de ces élus, tout en faisant remarquer que les bases éthiques,
pour indispensables quelles soient, restent inopérantes si
elles ne débouchent pas sur une dynamique dactions concrètes.
Un large consensus sest dessiné autour de quelques éléments
de constat :
1. De multiples facteurs tendent à affecter lefficacité
de laction publique, qui doit sexercer dans un contexte de
plus en plus difficile.
- Les élus sont seuls confrontés
aux coûts sociaux et environnementaux, de plus en plus lourds, induits
par la globalisation, cependant que la disjonction entre croissance économique
et progrès social met la citoyenneté en désarroi.
- Les élus ont du mal à
arbitrer entre des besoins de plus en plus diversifiés et des demandes
de plus en plus souvent contradictoires, de plus en plus difficiles à
concilier.
- Sous la pression des nécessités
immédiates, les élus, dont le mandat électif est
de courte durée, ont du mal à situer leur action dans le
temps long.
- Les élus disposent rarement
des informations et des données leur permettant de prendre des
décisions pertinentes par rapport aux objectifs du développement
durable.
- Lefficacité de laction
publique continue à se juger en termes de mise en uvre de
moyens et non sur des obligations de résultat.
- Le comportement des médias
nincite guère les élus à la transparence.
- La déontologie professionnelle
individuelle laisse encore parfois à désirer.
- Les élus ne peuvent décider
seuls. Car le développement durable ne se décrète
pas, il se négocie. Il appelle des délibérations
collectives associant de multiples acteurs à différentes
échelles territoriales.
- Le concept de développement
durable et les exigences quil comporte sont encore loin dêtre
assimilés. Un effort considérable dinformation, de
sensibilisation, de mobilisation reste à conduire à tous
les niveaux.
2. Sil est possible, et dailleurs nécessaire,
délaborer, dans chaque pays des politiques nationales cohérentes
avec les objectifs du développement durable (sans se limiter, bien
entendu, aux politiques de protection de lenvironnement, mais en
affirmant les liens entre la politique économique, les modes de
production et de consommation, laction sociale, la protection environnementale
et laménagement du territoire), il est de plus en plus difficile
pour les Etats dassurer seuls la disponibilité des biens
publics nécessaires à la viabilité de la croissance.
De fait, la résolution du nombre croissant de problèmes
est renvoyé à léchelle internationale.
3. Or, au niveau mondial, un flou plus ou moins artistique
continue de régner.
- Comment maîtriser le processus
de mondialisation (cest-à-dire instaurer des règles
encadrant le fonctionnement des marchés dans le sens de la justice,
du développement humain et de la démocratie) en labsence
dautorité supranationale légitime ou dinstance
démocratique mondiale ? La mondialisation politique reste
à construire. Le monde doit se doter de règles qui conduisent
ceux qui décident à choisir la coopération plutôt
que le rapport de forces, la solidarité plutôt que le repli
sur soi, la recherche du bien plutôt que légoïsme.
- La définition collective
des biens communs ce qui doit être linaliénable
de lhumanité : lair, leau, la diversité
culturelle
reste incertaine pour ne pas dire aléatoire.
- Les relations entre pays du nord
et pays du sud demeurent entachées de désaccords persistants
sur les responsabilités respectives et les priorités relatives
et aussi sur ce que les pays riches doivent donner aux pays pauvres sils
entendent leur imposer des contraintes sociales ou environnementales.
- Un développement qui perpétuerait
les inégalités daujourdhui ne serait guère
durable et ne mériterait pas de durer. Mais si lon entend
opérer des redistributions, résorber au moins en partie
le décalage des standards de consommation, développer des
démarches de discrimination positive, il faut commencer par discuter
des dimensions politiques de ces réajustements.
- Or les objectifs fixés par
les institutions et les négociations multilatérales restent
trop vagues, souvent réduits à létat de vux
pieux. Les engagements exprimés ne sont pas quantifiés,
non assortis de moyens dépourvus de toute sanction.
- Létat actuel de la
préparation des Sommets de Monterrey et de Johannesburg laisse
craindre quon en reste, encore une fois, à ces pratiques
sans intérêt réel et laisse penser que larchitecture
institutionnelle multilatérale est à repenser, que lONU
est à redessiner.
- Pour transformer une communauté
involontaire de risques subis en une communauté consciente et voulue,
il faudrait passer de laffirmation internationale des droits civiques
à celle de légalité daccès aux
droits collectifs. Faire avancer la conceptualisation dun nouveau
droit mondial réellement pluraliste apparaît comme éthiquement
souhaitable, juridiquement raisonnable et pratiquement possible pour peu
que lon procède par ajustements successifs (lexpérience
de lUnion Européenne en témoigne).
- La société civile
peut exercer en ce sens une pression salutaire sur les gouvernements.
Mais les frustrations accumulées sont telles quil faut prendre
garde à ses réactions. Résistance doit rimer avec
espérance, pas avec violence.
4. Enfin, limportance du fait urbain et linterdépendance
croissante du global et du local doivent conduire à porter une
attention soutenue au rôle, de plus en plus important, des autorités
locales et à la contribution essentielle des villes à la
politique de développement durable. (lagglomération
urbaine est un niveau particulièrement pertinent pour conduire
de façon concrète et crédible des démarches
de développement véritablement globales et intégrées,
mettant en uvre une approche réellement systémique
des problèmes).
Parce quils sont au contact des citoyens, parce quils exercent
des responsabilités majeures en matière de cohésion
sociale, de gestion et de développement de leur ville, les élus
locaux doivent être considérés comme des acteurs de
premier plan, des acteurs incontournables de la politique de développement
durable. Leurs associations doivent être, à linstar
des ONG, considérés comme des interlocuteurs à part
entière des instances internationales et des responsables gouvernementaux.
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